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Retrouver quelqu’un

Niger/Nigéria : l’incommensurable bonheur de retrouver ceux que l’on croyait perdus

Au Niger, où ont trouvé refuge des dizaines de milliers de déplacés, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Croix-Rouge nigérienne s’efforcent d’aider les personnes qui ont fui les violences et le conflit au Nigéria à rétablir le contact avec leurs proches. L’histoire de Maïmouna et de sa famille est celle de dizaines d’autres familles dispersées par le conflit, qui vivent dans l’attente angoissante de nouvelles et dans l’espoir de retrouvailles. 

 

Depuis le mois de mai 2013, le nord-est du Nigéria est plongé dans une spirale de violence. Forces armées nigérianes et groupes armés s’affrontent dans un conflit qui touche des centaines de milliers de civils, au Nigéria mais aussi dans les pays voisins, comme le Niger, le Cameroun ou le Tchad. Pris au piège des combats et parfois directement pris pour cible, les civils n’ont d’autre choix que de fuir pour sauver leur vie. Très souvent, dans le chaos de la fuite, des personnes se trouvent séparées de leur famille. Certaines disparaissent, d’autres se retrouvent sur différents sites de déplacés. Beaucoup n’ont aucun moyen pour rétablir le contact avec les leurs.

Le 24 novembre 2014, des membres d’un groupe armé attaquent la ville de Damassak, dans l’État de Yobé, un des trois États du nord-est du Nigéria touchés par le conflit. Ce jour-là, ils sont des milliers de civils à fuir la ville pour trouver refuge dans la région de Diffa, en République du Niger. Maïmouna, 12 ans, réussit à atteindre la ville de Diffa, située pourtant à plus de 27 km de Damassak. Alertés par la famille qui l’a recueillie, des volontaires de la Croix-Rouge se rendent sur place et procèdent à l’enregistrement d’usage. Les informations collectées et la photo de la jeune fille permettent de lancer rapidement les recherches pour essayer de retrouver sa famille.

Il faudra trois semaines d’efforts aux volontaires de la Croix-Rouge et au CICR pour enfin retrouver sa maman à Gagamari, un site de réfugiés situé à 25 km de là, où ont été accueillis la plupart des déplacés de Damassak. Dès qu’elle aperçoit sa petite Maïmouna sur la photo, la maman fond en larmes, profondément émue et soulagée. Elle explique aussitôt qu’elle n’a pas non plus de nouvelles de ses deux autres filles et de son mari. Une autre demande de recherches est alors ouverte. Quand, le lendemain matin, l’équipe retourne auprès de la petite Maïmouna, une agréable surprise l’attend : Hadiza, 18 ans, et Haoua, 16 ans, ont rejoint leur sœur cadette au sein de la famille d’accueil, après avoir erré pendant des jours à la recherche de leurs parents.

À cette bonne nouvelle vient s’en ajouter une autre : Mohamed, le père de Maïmouna, est parvenu à gagner le site de réfugiés où se trouve sa femme. La joie des retrouvailles est d’autant plus grande quand ils apprennent que leurs trois filles ont toutes été retrouvées saines et sauves. Malgré la fatigue, l’impatience de revoir ses filles se lit sur le visage de Mohamed. « J’étais parti travailler aux champs quand les combats ont éclaté à Damassak, raconte-t-il. À mon retour, je me suis retrouvé bloqué à Damassak, et ce n’est que maintenant que j’ai pu en sortir », continue le père de famille, qui explique à quel point il était angoissé de ne pas avoir de nouvelles des siens durant tous ces jours. « C’est une situation que je ne souhaite à personne de vivre », conclut-il, le regard embué.

Le jour suivant, le CICR organise le déplacement de Mohamed et de deux autres familles dont les enfants ont également été retrouvés. Il s’agit d’effectuer une visite familiale avant de procéder aux réunifications. Durant le trajet, les moments de rire des parents alternent avec ceux teintés d’appréhension et de questionnements sur le futur des familles. L’arrivée dans la famille d’accueil des enfants est un moment intense en émotions : les trois filles sautent au cou de leur père. Des pleurs de joie résonnent dans toute la maison. Dans ce tumulte de cris et de remerciements, une voix se détache, celle de Hadiza, qui répète inlassablement entre deux sanglots : « Que serions-nous devenues s’il t’était arrivé un malheur, papa ? » La petite Maïmouna, elle, ne semble pas vouloir quitter le confort des genoux et la chaleur des bras de son père. Après une journée de retrouvailles, les parents sont raccompagnés jusqu’au site de réfugiés ; sagement, il a été décidé de laisser momentanément les enfants chez leurs tuteurs, le temps que les familles soient convenablement installées. Pour Hassane Adam Alamey, volontaire de la section régionale de la Croix-Rouge nigérienne à Diffa et responsable des activités de rétablissement des liens familiaux, « la joie des retrouvailles et le bonheur des familles réunies compensent amplement toutes ces semaines d’efforts et de travail ; c’est un moment très privilégié ».

 
Les trois soeurs réunies, en compagnie de volontaires de la Croix-Rouge
© Croix-rouge nigérienne, Hassane Adam Alamey
Au total, ce ne sont pas moins d’une quarantaine d’enfants séparés ou non accompagnés qui ont été enregistrés à la suite de l’attaque de Damassak et pour lesquels des recherches ont été engagées. Grâce au travail du Réseau de rétablissement des liens familiaux de la Croix-Rouge, huit de ces enfants ont pu retrouver leurs parents. D’autres familles ont par ailleurs pu se reconstituer d’elles-mêmes. Le problème de la dispersion des familles dans les situations de conflit armé continuera néanmoins à mobiliser l’action de la Croix-Rouge dans la région de Diffa. Conjointement avec la Société nationale nigérienne, le CICR a mis en place un réseau national de rétablissement des liens familiaux et apporte un appui technique ainsi qu’un soutien matériel aux volontaires qui animent ce réseau.
 
Des femmes pleurant de joie lors de la reunification des trois soeurs. 
© Croix-rouge nigérienne, Hassane Adam Alamey













Le CICR est présent au Niger et s’efforce, à travers sa sous-délégation de Diffa et sa collaboration avec la Croix-Rouge nigérienne, de répondre aux besoins des populations touchées par les violences qui secouent le nord-est du Nigéria. En 2014, quelque 45 000 personnes (habitants, réfugiés et personnes de retour chez elles) ont bénéficié d’une aide alimentaire d’urgence dans la région de Diffa, et près de 11 000 d’entre elles ont en outre reçu des articles ménagers de première nécessité.

 
Un volontaire de la Croix-Rouge nigérienne montre à la mère de Maïmouna des photos de ses trois filles réunies à Diffa.
© CICR, Lompo Mamoudou

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